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Le prix du blé se stabilise

Un contexte géopolitique instable alimente une forte volatilité sur les marchés, notamment sur les devises et les matières premières.

Le contexte géopolitique reste particulièrement instable, entraînant une importante volatilité de certains actifs comme les devises ou les matières premières.

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La parité euro/dollar retourne sur les niveaux de la fin de janvier 2026 à 1,179, tandis que le pétrole WTI a atteint les 64 dollars par baril de pétrole Brent dans un contexte de hausse de tension en Iran. Enfin, l’annonce de la part des États-Unis d’achats de soja par la Chine il y a quelques jours stimule les cours de la graine américaine en redonnant espoir aux exportateurs.

Blé : une demande à l’exportation dynamique

Malgré un marché complexe, partagé entre une parité euro/dollar ferme, et une offre très confortable de la part des pays concurrents, le blé français rendu Rouen parvient à maintenir des plus hauts depuis novembre 2025 à 190,5 €/t. La récente perte de compétitivité du blé français à l’exportation face aux origines mer Noire, de meilleures qualités, reste un élément de pression à moyen terme pour l’origine française. La demande à l'exportation reste cependant relativement dynamique, à l’instar de l’Égypte qui aurait contractualisé il y a quelques semaines plusieurs bateaux de blé dont de l’origine française pour une livraison en février et mars.

La concurrence croissante de l'hémisphère Sud sera également un élément à surveiller ces prochaines semaines, notamment avec l’origine argentine. En mer Noire, les récentes restrictions logistiques avec le gel partiel de la mer d’Azov ralentissent les flux exports russes. En plaine, les opérateurs se concentrent sur les éventuelles conséquences de la vague de froid avec des températures pouvant atteindre –30°C en Russie et en Ukraine.

Malgré une bonne couverture neigeuse, les dégâts potentiels ne seront visibles qu’à la reprise de la végétation, entretenant une certaine incertitude sur le marché et un soutien au cours. Argus estime pour l’instant à respectivement 86,5 millions de tonnes et 23,9 millions de tonnes les productions de blé en Russie et Ukraine pour la campagne de 2026-2027. La tension géopolitique, toujours forte en Ukraine, sera à surveiller dans les prochains jours notamment dans la région critique d’Odessa, alors que les différentes délégations s’affairent à trouver un accord de paix. Dans ce contexte incertain, les fonds réduisent leur position nette vendeuse en rachetant des contrats futurs sur Chicago et Euronext.

Maïs : la bonne tenue des cours s’affaiblit cette semaine

La très bonne fermeté du maïs européen rendu bordeaux depuis le début de l’année commence à s’effriter, avec des cours qui passent sous les 190 €/t à 187 €/t. La chute des prix sur Euronext cette semaine crée de nouveau un écart avec le cours du blé sur les échéances rapprochées. Depuis plusieurs mois, la bonne tenue du maïs européen résulte principalement des restrictions d’exportation de la part de l’Ukraine, principal fournisseur historique de l’Europe. Mais l’accélération des flux américains sur le Vieux Continent, pourrait faire pression sur les cours à moyen terme.

Aux États-Unis la bonne demande internationale permet aux cours de maintenir le niveau des 4,3 dollars/boisseau sur l’échéance Mars 2026. Avec 58 millions de tonnes exportées à date sur les 81 millions de tonnes d’objectif total de campagne, le pays affiche une progression de 72 % sur la campagne export, soit plus de 10 points par rapport à l’an passé. Les regards seront tournés en début de semaine vers le rapport du département de l’administration américaine (USDA) de mardi prochain, qui ne devrait pas apporter beaucoup de volatilité après l’importante remontée de la production américaine lors de la publication de janvier.

Avec 432 millions de tonnes, le marché américain est bien approvisionné, rassurant les importateurs avant l’arrivée des récoltes d’Amérique du Sud. En plaine les semis brésiliens se poursuivent dans de bonnes conditions pour la récolte de la Safrinha, tandis qu’elles se terminent en Argentine, où la sécheresse sera à surveiller lors des prochaines semaines.

Colza : retour sur les plus hauts depuis deux mois

Encore une semaine de fermeté pour le colza FOB Moselle qui rejoint les plus haut depuis début décembre 2025 à 485,5 €/t. Entre tension géopolitique en mer Noire, et disponibilité restreinte sur le marché rapproché, les cours du colza maintiennent un certain soutien sur Euronext. La réduction des flux d’importations de graines ukrainiennes, alimente une certaine fermeté en Europe, qui sera rapidement entretenue par le rebond du soja. La graine retrouve en effet des couleurs après l’annonce de Donald Trump au sujet des exportations de graine de soja vers la Chine.

Aux 12 millions de tonnes d’achat déjà attendues, le président américain annonce cette semaine un accord d’achat autour de 8 millions de tonnes de graine de soja supplémentaire sur la campagne en cours. Ainsi, le débouché chinois pourrait atteindre 20 millions de tonnes soit près de la moitié des exportations attendues aux États-Unis à 44 millions de tonnes selon l’USDA. Ce nouvel élément pourrait rebattre les cartes sur la scène internationale, sachant que la Chine n’est pas usagère de la destination américaine à cette période de l’année. Le Brésil pourrait ainsi voir un de ses importants débouchés diminuer, et faisant pression sur les primes si ces achats étaient concrétisés. Enfin l’état des cultures en Ukraine sera un élément majeur à surveiller sur le continent, après l’épisode de froid que subit actuellement le pays.

Soja : tension sur le prix dans le sillage de la graine

Les cours du tourteau de soja à Montoir atteignent un plus haut depuis novembre à 354 €/t, dans un contexte macroéconomique très agité. Les déclarations successives de Donald Trump n’ont en effet pas fini d’animer le marché du soja, comme en témoignent les nouvelles annonces d’achats de 8 millions de tonnes supplémentaires de soja américain cette semaine, portant le total à 20 millions de tonnes pour la campagne.

La graine reprend le même chemin de hausse que lors de la précédente annonce d’achat, pour atteindre les 11 dollars/boisseau sur l’échéance Mars 26 à Chicago, entraînant dans son sillage les tourteaux au-delà des 300 dollars/short ton sur la même échéance. De nouvelles décisions sont attendues sur le plan politique au mois de mars, dont les mandats d’incorporations de biodiesel aux États-Unis décidées par l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), et qui pourront être l’objet d’une nouvelle hausse de volatilité.

En Europe, les importations massives de canola canadien OGM à hauteur de 500 000 tonnes limitent les éventuels futurs flux de tourteaux OGM sur la campagne, engendrant une éventuelle tension sur les besoins à venir de tourteaux australiens non OGM. Enfin la pression récolte en Amérique latine s’accentue, avec 25 % des surfaces sont désormais battues dans le Mato Grosso, l’un des états les plus productifs du pays.

Les risques météorologiques au Brésil se réduisent ainsi pour la récolte 2026 de soja, permettant d’envisager une production de 184 millions de tonnes, soit + 13 millions de tonnes par rapport au précédent record brésilien. Le Brésil pourra ainsi en partie compenser les pertes attendues en Argentine, où un épisode de sécheresse sévit depuis trois semaines. Argus estime désormais la production en baisse à 47,6 millions de tonnes contre 51,1 millions de tonnes l’an passé, alors que le risque reste présent d’ici le début des récoltes dans deux mois.

(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.

À suivre : Impact du froid en mer Noire sur les cultures d’hiver ; impact sur le marché du pétrole des menaces américaines contre l’Iran ; mouvement de la parité euro/dollar ; weather market en Argentine ; Décisions géopolitiques sur le biodiesel aux États-Unis, évolution de la situation en mer Noire ?

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